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Communiqué du 14-01-2004

FEDERATION NATIONALE DES SYNDICATS D'EXPLOITANTS AGRICOLES

Lettre ouverte à M. Michel-Edouard Leclerc

 

Monsieur le Président,

Vous venez de publier "Du bruit dans le Landerneau", nouvelle opération de publicité à pas cher dont vous êtes coutumier.

Dans votre ouvrage, vous infligez une volée de bois vert au syndicalisme agricole, et plus particulièrement à la FNSEA : corporatiste, violent, rétrograde, adepte du double langage et de la politique des "gros bras", rien dans son action ne trouve grâce à vos yeux.

Votre vision des choses est simpliste : d'un côté un quarteron de passéistes ruminant leur rancoeur entre deux "coups de gueule", de l'autre des grandes surfaces auréolées de mérites, entièrement tournées vers la satisfaction de la clientèle et le bonheur des populations.

Puisque vous me concédez une certaine finesse, permettez-moi d'en faire usage pour tenter de vous expliquer que les choses sont moins simples.

Certes, les grandes surfaces sont un mode rationnel d'organisation qui a bousculé les habitudes et épousé les évolutions de la société. J'ai salué les efforts engagés pour segmenter l'offre, mettre en scène la variété de la production agricole, développer des partenariats avec des producteurs locaux. Le petit commerce, aujourd'hui mythifié, était soumis à la bonne volonté d'une foule d'intermédiaires qui se réservaient la meilleure part du gâteau au détriment des consommateurs, des producteurs, des commerçants eux-mêmes.

Tout cela n'est pas contestable.

Mais il n'est pas contestable non plus que la grande distribution use et abuse de sa position dominante : les marges arrières, les déréférencements, les pressions de toute nature sur les fournisseurs sont des méthodes que vous utilisez fréquemment pour parvenir à vos fins. Or, la violence est encore moins admissible quand elle s'exprime de façon policée dans les décisions de ceux qui ont la force pour eux. Pour vous, un déréférencement n'est qu'un mode de gestion efficace et profitable. Pour celui qui le subit, il est synonyme de ruine et de chômage.

Par ailleurs, je trouve que vos critiques concernant notre absence d'engagement sur les aspects environnementaux, sanitaires ou sociaux du métier agricole sont infondées. Vous méconnaissez le travail important que nous fournissons, avec l'ensemble de nos adhérents et depuis longtemps, sur tous ces aspects. Si les produits alimentaires français sont parmi les plus sûrs du monde, les agriculteurs y sont probablement pour quelque chose.

Enfin, je suis profondément choqué par votre conception du syndicalisme ou des organisations professionnelles. Cela ne m'étonne pas, car vous n'adhérez pas à la vôtre, la Fédération du commerce et de la distribution.

Individualiste et préoccupé par vos seuls intérêts, vous affirmez que le dialogue est impossible quand vous-même refusez la contradiction. Vous considérez que nous ne sommes plus une force de propositions quand les propositions ne vous conviennent plus. Vous critiquez notre bataille pour le revenu agricole quand il menace vos marges. Vous balayez nos initiatives quand vous ne les maîtrisez pas.

En définitive, vous n'acceptez pas le rapport de force quand il ne se présente pas à votre avantage.

Vous voudriez que le syndicalisme soit réduit à une simple expression médiatique mais qu'il ne se permette surtout pas d'influer sur la vie économique.

Pour nous, le syndicalisme agricole ne saurait se cantonner au rôle de simple agitateur. Les corps intermédiaires sont une force agissante indispensable dans une démocratie moderne.

Contre-pouvoir quand il s'agit d'établir un rapport de force plus équilibré, notre syndicat sait aussi se comporter en partenaire loyal avec les autres acteurs économiques et sociaux en s'efforçant d'identifier et de résoudre les conflits entre les différents intérêts en présence. En régulant les forces du marché, il constitue le meilleur rempart contre les excès du libéralisme.

En conclusion, je dirais que dans votre livre vous distribuez les bons et les mauvais points avec beaucoup de suffisance. Vous rejoignez ainsi le club des donneurs de leçons qui ont des idées sur tout.

Je vous prie de croire, Monsieur le Président, en l'expression de mes sentiments les meilleurs.

Jean-Michel Lemetayer