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Communiqué du 09-12-2003

COORDINATION RURALE

Lettre ouverte à M. de Benoist

Monsieur Henri de Benoist
Président d'UNIGRAINS - Président de l'AGPB
Président d'INTERCEREALES - Président d'AGRICEREALES
Président de la Compagnie Financière du Nord-Est &endash; Président d'UNIFIPAR
Président du Groupe Céréaliers de France - Président du Crédit Agricole du Nord-Est
Président d'honneur d'ARVALIS - Président de la section des problèmes économiques généraux et de la conjoncture du Conseil Economique et Social (CES)
Premier Vice-Président de la FNSEA - Représentant du CES à la délégation française auprès de la FAO - Président de l'Association Pluriagri - Maire de Bouconville-Vauclair
UNIGRAINS
8, avenue du Président Wilson
75116 PARIS 16

Monsieur le Président,

Ce que nous avons à vous communiquer nous paraissant important pour l'ensemble des agriculteurs vous pardonnerez notre recours au procédé de la lettre "ouverte", plus direct que celui des interviews où vous excellez.

Notre courrier se rapporte aux sujets qui vous occupent et qui, surtout, préoccupent les agriculteurs :

- Les ponctions sur les livraisons de céréales pour alimenter le fonctionnement, voire les réserves, des nombreuses structures sur lesquelles vous exercez votre présidence, depuis de fort nombreuses années.

- Sans oublier les cotisations volontaires obligatoires que vous contribuez à lever, comme celles sur les livraisons de blé tendre, censées permettre la poursuite du progrès variétal. Il ne vous a pas échappé d'ailleurs qu'une étude récente de l'INSEE aboutit à la conclusion que le revenu net par hectare de blé tendre a été divisé par 3,5 depuis 1996. Cette évolution négative de son revenu va faire douter le céréalier des "bénéfices" qu'il tire de cette sélection qu'il est "appelé" à financer de nombreuses fois, y compris par sa participation à ce qui était l'ITCF, noyé aujourd'hui dans ARVALIS...

- Nous évoquerons à peine la surprise de certains de vos cotisants "malgré eux", découvrant que leur organisme stockeur leur prélevait d'autorité une cotisation syndicale destinée à l'AGPB que vous présidez également depuis de très nombreuses années.

- Par contre 78.000 agriculteurs, certainement recensés à partir du fichier des "producteurs significatifs" détenu par une des organisations adhérentes d'ARVALIS, ont reçu un courrier signé de Monsieur TERRAIN les appelant à participer à une action de lobbying pour sauver ARVALIS.

Ce courrier concerne le prélèvement envisagé par l'Etat sur l'actif d'ARVALIS (en tête de bilan, sur les réserves) ; il omet, et c'est dommage, de préciser le montant envisagé : 79 millions d'euros soit, en gros et ramené aux 78.000 destinataires, 1.000 euros chacun.

En ajoutant d'autres fonds visés par la disette budgétaire nationale, tels que les 57 millions de l'ONIC, ou encore les 52 millions d'euros prélevés en 2003 à votre structure Unigrains sans oublier les 167 millions prélevés en 2002, nous arrivons quand même à un montant total faramineux, pour ne pas dire "abracadabrantesque" de 355 millions d'euros, ce qui, toujours ramené aux 78.000 destinataires de la lettre de Monsieur Terrain, représente 4.550 € par individu ! Que d'argent accumulé ! Depuis la publication du rapport de la Cour des comptes de 1998, votre mode de gestion a peu évolué : c'est sans doute cette "peur de manquer" que connaissent souvent ceux qui ont beaucoup à perdre, qui vous a guidé.

Nous croyons utile de vous rappeler que cette étonnante "utilisation" des fonds que vous prélevez aux agriculteurs en les accumulant en réserves, fait l'objet d'une instruction par la justice.

C'est d'ailleurs pour cette raison que nous refusons que l'Etat s'approprie ce qui nous appartient et que nous lui demandons de mettre sous séquestre ces fonds pour en permettre l'éventuel remboursement aux agriculteurs au cas où la justice le déciderait.

Par ailleurs nous avons été surpris d'apprendre que "nous" investissions au Maroc dans l'agroalimentaire à travers votre structure Unigrains car, là aussi, en tant que céréaliculteurs nous nous interrogeons. Les producteurs de fruits et légumes seront très satisfaits d'apprendre que le Maroc n'exporte rien chez nous... Nos collègues éleveurs apprécieront sans doute aussi cette diversification, eux qui se sont vus refuser le cautionnement d'Unigrains sur les prêts à taux 0 qui pouvaient leur être consentis en 2000 lors de la crise bovine : vous leur disiez que ce n'était pas dans l'objet d'Unigrains.

Nous avons aussi pris connaissance avec beaucoup d'intérêt de votre position en tant que président d'Intercéréales (interview AGRA n° 2934) vis-à-vis des syndicats autres que le vôtre. Nul doute que Monsieur le Ministre de l'Agriculture, à qui il incombe de reconnaître éventuellement Intercéréales, aura compris que vous souhaitez une interprofession sans risque de débat interne, donc sans vrais producteurs, ceci pour parvenir très rapidement à mettre en place une nouvelle CVO de 0,51 €/tonne qui, elle, s'appliquera à tous les céréaliers, d'accord ou pas d'accord.

Enfin pour terminer cette lettre, nous ferons allusion à votre position sur l'état actuel du marché céréalier : vous expliquez, dans cette même interview, que ce qui apporte un peu de réconfort aux céréaliers en ce moment, à savoir la flambée des cours des céréales, n'est pas bon pour eux.

Vous dites très doctement que les "sauts brusques de prix ne sont pas faciles à gérer par rapport à nos clients". Votre conception de l'intérêt des producteurs de céréales est quand même bizarre tout en étant constante : déjà dans le rapport du Xème plan en 1989, vous appeliez de vos vœux une baisse des prix européens des céréales vers le cours mondial.

Dans les années 1995 aussi vous disiez encore "attention aux prix trop élevés", qui risquaient de tuer le marché. Aujourd'hui vous rééditez donc : vous nous conseillez d'ores et déjà de semer davantage de céréales alors qu'aucune décision officielle n'est prise sur la réduction de la jachère de 10 % à 5 %, ceci pour "détendre" le marché, c'est-à-dire faire baisser les prix plus rapidement ! Il est amusant de constater qu'après avoir appelé la jachère de tous vos vœux : "Le gel des terres dernière chance" (Ouest France 15/05/91) vous avez changé d'avis dès 1995 : "l'UE perdra des parts de marché" pour finalement "exiger un taux de jachère zéro" en échange "d'une baisse des prix admise". Vous appelez par ailleurs la Commission à remettre le seigle d'intervention sur le marché pour "le détendre" aussi. Enfin, lorsque vous dites que la fermeture des frontières n'est pas réaliste vous pensez sans doute au blé de la Mer Noire ? ! ...

Finalement toutes vos présidences, toutes vos "responsabilités" ne vous ont pas tourné la tête ; vous gardez le même cap : la baisse des prix, la baisse des prix, toujours la baisse des prix... En fait l'AGPB c'est l'Association pour Garantir des Prix Bas ! Force nous est de constater que la plupart de vos bonnes idées rencontrent toujours les bonnes oreilles de Bruxelles.

Avant de conclure, Monsieur le Président, il nous vient une question : Pourquoi avoir limité le courrier de détresse adressé par ARVALIS (dont vous êtes aussi Président d'honneur) à seulement 78.000 destinataires, alors que vous revendiquez 300.000 "adhérents" à l'AGPB ?

Nous vous prions de croire, Monsieur le Président, à l'expression de nos salutations distinguées.

François Lucas
Président de la Coordination Rurale Union Nationale