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Communiqué du 05-12-2003

ACD INFORMATIQUE

Quand l'informatique devient rentable

Economiser 30% sur le coût de la main d'œuvre sans pénaliser la qualité de la production. Pari gagné par Philippe Bérenger grâce à la traçabilité.

"J'ai décidé de m'informatiser en 1991 sans avoir touché un seul clavier de ma vie et pour un coût minimum. Mes attentes à l'époque étaient simples : sortir ma comptabilité jusqu'à la marge brute à l'hectare, faire le suivi de parcelle et la facturation. Aujourd'hui, avec Agri4d je sors la marge nette selon la parcelle, la catégorie, le calibre... selon l'analyse que je veux faire. L'interface est très conviviale et permet de créer la base de l'entreprise très simplement et sans aucune formation", explique Philippe Bérenger, producteur de pêche-nectarines à Ouveillan sur une exploitation de 80 ha à Sallèle-d'Aude et membre de l'O.P. "Terroir du Sud".

Traçabilité horizontale et verticale

En 1995, il a mis en place le système code-barres pour la gestion de la station fruitière : "Je pouvais dire qui avait fait quoi dans quelle récolte et combien avait récolté ou emballé chaque salarié. Aujourd'hui c'est quelque chose de classique, mais en 1996, ça ne l'était pas ", poursuit le producteur.

Depuis 1997, l'entreprise s'appuie sur une traçabilité horizontale - la vie du fruit, de la récolte à la vente - doublée d'une traçabilité verticale - la vie du verger, de l'installation à la récolte - le point de convergence entre les deux étant bien entendu la récolte. La traçabilité horizontale permet de transmettre au producteur des résultats de gestion à proprement parler, avec in fine la marge et le prix de revient net au kg en fin d'année ; la traçabilité verticale permet de tracer l'inventaire verger (interventions, dose, produits ... ). L' inventaire des travaux de récolte en termes de gestion fait le lien entre la gestion et la traçabilité, évitant ainsi la double-saisie : aux travaux de récolte est relié le prix de vente, donc la marge. "Quand j'ai mis en place cette traçabilité, je ne me doutais pas que cela allait me permettre de faire autant de progrès dans la gestion de mon entreprise".

Un seul outil

En effet, les inventaires réalisés lors de la récolte et en station permettent de réaliser en même temps un inventaire précis du verger et par là-même d'affiner la stratégie de l'entreprise : "Par exemple, je louais 7 ha de terre. Je me doutais que cette parcelle n'était guère rémunératrice, mais je ne me doutais pas à quel point. Le fait de sortir la marge nette m'a permis de prendre la décision d'arrêter car je n'avais pas de moyens d'améliorer les résultats. A contrario, je sais aussi que certaines parcelles ne sont pas souvent rémunératrices, mais je les garde pour des raisons économiques, pour fidéliser les clients où parce que je sais où se situent les marges de progrès. "Le système informatique fonctionne en réseau car l'entreprise à évolué : aux deux structures de production, se joignent une structure de vente, un groupement d'employeurs et une Cuma, toutes connectées les unes aux autres dans leur gestion par le même logiciel".

Cela évite de saisir plusieurs fois les mêmes opérations et c'est important en particulier pour ventiler les heures de main d'œuvre car en été il y a plus de 100 personnes entre la cueillette et l'emballage".

En clair, la ventilation horaire du personnel se fait automatiquement dans chaque structure lors de la saisie des interventions au verger ou en station. De plus, elle lui permet de réaliser - outre la répartition des heures par structure - le rendement par cueilleur par calibre, parcelle, jour... " En clair, je gère avec le même outil ma gestion parcellaire, ma gestion économique, ma comptabilité et ma traçabilité".

Depuis cette année, le producteur va plus loin et utilise sa traçabilité pour mettre en place un système d'intéressement lors de la paie de ses salariés. "Je sais quelle quantité est faite, par qui avec le système de code-barres, que ce soit en verger ou en station et ce chaque jour. Cela m'a permis de mettre en place un nouveau système de paiement : chaque salarié est payé sur une base fixe - le Smic - à laquelle se rajoute une prime en fonction de ce qu'il a ramassé ou en fonction du nombre de fruits qu'il a conditionnés, tout en contrôlant évidemment qu'il fait consciencieusement son travail". Les résultats sont étonnants - il a économisé en 2002, 8 450 heures de main-d'œuvre sur la récolte et le conditionnement, pour un volume total de 950 tonnes brut de cueille". Le personnel a travaillé plus vite et j'ai valorisé leur travail par un système de prime. J'ai fait au final 30 % d'économie, avec moins de personnel à gérer et surtout je fidélise les bons ouvriers en gérant moins de personnel. Je trouve qu'il y a là une valorisation du travail bien fait et c'est important vu la difficulté que nous avons en tant que responsable d'entreprise pour trouver de la main d'œuvre qualifiée aujourd'hui".

"A l'avenir, une marge de progrès très importante est encore possible. Avoir un suivi de parcelle au sein du groupe Terroir du Sud - avec un langage commun et ainsi échanger nos données, mais aussi utiliser ce suivi de parcelle pour communiquer en direct avec les acheteurs, voire les consommateurs dans le cadre de la traçabilité ", conclut Philippe Bérenger.

UN PRODUIT ADAPTE AUX BESOINS DE L'UTILISATEUR

"Ce qui compte, c'est que l'agriculteur dispose d'un outil adapté par quelqu'un qui connaît son besoin. Il faut que le système s'adapte au producteur et non l'inverse, sachant en outre, que la simplicité d'utilisation est primordiale pour que le producteur ne perde pas son temps devant son écran à saisir les données ou au téléphone avec la 'hot-line de dépannage", souligne Patrick Delécluse (ACD Informatique) qui développe le logiciel Agri4d. Aujourd'hui, les systèmes traçabilité ont pris une importance plus que majeure pour la profession dans la mesure où cette dernière est une garantie aux yeux de leurs clients et en bout de chaîne du consommateur. Reste qu'il est parfois difficile de choisir, l'environnement réglementaire et les demandes de ces mêmes clients fluctuant régulièrement: autour des producteurs et des OP, les obligeant ainsi soit à réinvestir dans de nouveaux modules informatiques pour relier les anciens modules aux nouvelles requêtes, soit à revoir la totalité de leur système informatique et de gestion.

Patrick Delécluse : "Il faut que le système s'adapte au producteur et non l'inverse"

Céline Zambujo