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Communiqué du 23-09-2003

AGPM

Lettre ouverte à M. Jacques Chirac,
Président de la République

Montardon (Pyrénées-Atlantiques),
le 22 septembre 2003

 

Monsieur le Président de la République,

A l'issue du 54e Congrès du Maïs qui vient de s'achever et que j'ai eu l'honneur de présider, je suis mandaté pour vous transmettre deux propositions importantes de notre filière, en faveur du développement durable.

Première proposition : nous suggérons la mise en place en France d'une réglementation favorable au développement du bioéthanol, carburant particulièrement écologique : il faut imposer un niveau d'incorporation obligatoire dans les carburants, et adopter un système fiscal favorable et incitatif.

Deuxième proposition : cette année de sécheresse a démontré qu'un fort consensus de la société civile, autour de la constitution de réserves d'eau sur l'ensemble du territoire, peut être atteint dans l'intérêt de tous. Nous demandons la relance de la politique de constitution de réserves qui a été considérablement ralentie depuis plusieurs années. Ces réserves d'eau sont devenues indispensables à notre pays.

Nous détaillons ci-dessous ces deux propositions, pour vous en préciser tout l'intérêt, tant pour l'environnement que pour l'économie et l'agriculture :

1 &endash; DEVELOPPEMENT DU BIOETHANOL, NOTAMMENT A BASE DE MAIS :

Nous proposons à l'Etat un partenariat pour développer les biocarburants à base de maïs. Chacun sait combien les biocarburants réduisent la pollution. Mais on sait moins que leur fabrication est "propre", peu polluante.

Il y a aussi un point essentiel, qui concerne spécifiquement le maïs. En effet, on ignore souvent que le développement des cultures de maïs contribue à la protection de l'environnement. Peu de gens savent que le maïs régénère l'air. Un hectare de maïs produit 4 fois plus d'oxygène qu'un hectare de forêt et absorbe 4 fois plus de gaz carbonique ! Le maïs, en plus de sa fonction de purificateur d'air, améliore la qualité des sols grâce au stockage du carbone. Enfin, peu nombreux sont ceux qui savent que le maïs est le végétal qui fournit le plus d'éthanol à la tonne. Pour toutes ces raisons, il faut privilégier le maïs dans la fabrication des biocarburants.

Par ailleurs, les biocarburants se substituent à des énergies non renouvelables et ont donc un effet bénéfique pour lutter contre l'effet de serre.

En ce jour "sans voitures", au moment où, avec le Premier Ministre, vous venez de réaffirmer à la fois votre volonté de réduire les impôts et celle de favoriser les carburants propres, nous nous permettons de vous suggérer de réserver une partie des baisses fiscales à l'allègement des taxes sur les biocarburants, afin d'inciter les Français à les utiliser. Ceci doit être fait dans une politique qui s'inscrit dans la durée. Il faut une fiscalité non pas dérogatoire, mais écologiquement adaptée aux biocarburants.

Nous suggérons également de rendre obligatoire l'incorporation directe de l'éthanol dans les essences et nous nous engageons à établir des projets cohérents avec les autres filières végétales.

C'est un projet "gagnant-gagnant" pour le pays, les citoyens et les agriculteurs.

2 &endash; CONSTITUTION DE RESERVES D'EAU :

Nous attirons votre attention sur l'intérêt que présenterait une politique de développement du stockage de l'eau, qu'il s'agisse de barrages ou encore de ce que nous appelons les "retenues  collinaires". Il faut stocker l'eau abondante de l'hiver, pour la retrouver en été.

Les avantages en seraient très nombreux pour l'ensemble des usagers de l'eau et pas seulement pour nous, producteurs de maïs, pour garantir la production agricole qui a bien besoin de cette eau l'été.

Stocker l'eau abondante de l'hiver pour en disposer l'été est un acte de gestion intelligent et rentable. Les besoins d'eau s'accroissent avec le réchauffement climatique. Il est temps de devenir plus prévoyant.

Cet été, s'il y avait eu davantage de points d'eau sur tout le territoire, nous aurions amélioré les moyens pour lutter contre les incendies, l'assainissement des villes aurait été plus facile, la faune assoiffée et les poissons auraient moins souffert de la canicule, et nous, agriculteurs, nous aurions pu mieux protéger nos récoltes contre la sécheresse.

Multiplier les stockages d'eau, c'est vraiment du gagnant-gagnant ! C'est faire des économies. C'est protéger les cultures dont dépend directement ou indirectement l'alimentation du public. C'est aussi protéger le milieu naturel. C'est même embellir nos paysages par d'agréables plans d'eau.

Partout où l'irrigation a pu s'installer, nous avons réussi à maintenir les agriculteurs sur le territoire et nous avons développé des produits de qualité. Les retenues collinaires sont des facteurs de maintien de la vie en zone rurale et d'aménagement du territoire. Les agriculteurs ne peuvent pas le faire seuls. Ils ont besoin de l'appui de l'Etat et des collectivités territoriales, ainsi que des agences de bassin. Il faut une volonté politique et, pour cela, nous avons besoin de vous.

Ces deux axes de progrès, biocarburants et retenues d'eau que nous proposons, sont utiles à tous et porteurs de richesses. Nous demandons au Gouvernement, sous votre haute impulsion, d'ouvrir un dialogue avec la filière du maïs, pour construire un partenariat gagnant-gagnant sur ces deux thèmes… et sur d'autres !

Veuillez accepter, Monsieur le Président de la République, l'expression de ma haute considération.

Le Président,
Christophe TERRAIN