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Communiqué du 02-09-2003

COORDINATION RURALE

L'étrange débat du prix du pain

L'annonce de l'augmentation de 5 à 10 centimes d'euros du prix de la baguette (voire même de 30 centimes d'euros selon certain média : « la baguette de 0,70 € pourrait atteindre le prix d'1 € » ! …) du fait de la sécheresse ne peut laisser les agriculteurs indifférents. La raison invoquée est la hausse du prix de la farine provoquée par la baisse de la production de blé. Il est indubitable que la sécheresse a provoqué une forte chute des rendements (environ 40 % dans beaucoup de régions) et donc de la production. Cette évolution du marché a certes entraîné une tension sur les prix et l'on constate aujourd'hui une hausse d'environ 15% du prix des céréales. Reste que, même avec cette augmentation, le prix du blé est toujours bien inférieur au coût de production des céréaliers français. En francs courants, il est inférieur de 40 % au prix de marché d'il y a 20 ans et de moins 70 % si l'on raisonne en francs constants, alors que le pain a beaucoup plus augmenté que l'indice des prix à la consommation qui a crû de 80 % sur la même période (Indice des prix à la consommation, source INSEE).

L'augmentation du prix de la farine qui survient dans ce contexte est aujourd'hui utilisée par le secteur de la boulangerie pour préparer l'opinion publique à une augmentation de 5% du prix du pain au 1er septembre prochain.

La Coordination Rurale estime indispensable de rappeler que le prix du blé représente aujourd'hui moins de 5% du prix du pain contre 75% en 1960. Il est paradoxal de parler d'une augmentation de 5 à 10 centimes d'euros alors qu'il n'y a plus que 2 centimes de blé dans une baguette de 200 g.

Par conséquent, une augmentation de 15 à 30 % du prix de la baguette correspondrait à un prix du blé multiplié par 7 à 15 ! ! !

La sécheresse n'est donc pas la cause de l'augmentation annoncée du prix du pain.

Le prix du pain est certes un exemple flagrant de la discordance entre les prix à la production et les prix à la consommation. Mais ce n'est malheureusement pas un exemple unique : ainsi, la hausse très sensible du prix à la consommation des fruits pendant la saison d'été a été justifiée par la baisse de la production (gel + sécheresse) entraînant une augmentation des prix départ verger. Pourtant, l'observation attentive de la réalité du terrain montre par exemple que les prix départ verger des pêches ont augmenté dans des proportions moindres que les prix à la consommation puisque les transactions courantes de 2003 se sont effectuées dans une fourchette 1 € - 1,5 € au lieu de 0,8 € - 1 € en 2002 alors que les prix à la consommation ont évolué autour d'une moyenne de 4 € en 2003 au lieu de 3 ¤ en 2002.

La Coordination Rurale appelle de nouveau les pouvoirs publics et les consommateurs à une grande vigilance au sujet de l'évolution discordante entre les prix des produits agricoles et les prix à la consommation.

Il est malhonnête de faire des agriculteurs les seuls responsables des augmentations de prix annoncées.

Au vu de ces éléments, la Coordination Rurale conclut que la revendication de prix rémunérateurs qu'elle porte depuis sa création n'est pas une utopie...