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Communiqué du 12-02-2003

Coordination Rurale

Avis de tempête sur la PAC :
Manifestation nationale de la CR le 13 février

A l'occasion de la Conférence de presse que donnera Monsieur Hervé Gaymard pour le prochain Salon International de l'agriculture de Paris le jeudi 13 février, la CR souhaite rappeler l'urgence d'une réforme en profondeur de la Politique Agricole Commune, à l'opposé des propositions du Commissaire Européen Fischler.

Le profond désarroi des agriculteurs français mérite une réponse à la hauteur des enjeux essentiels que porte l'agriculture dans notre pays.

Une délégation de la CR remettra à chaque Préfet la lettre ci-dessous.

Monsieur le Préfet

Les agriculteurs français sont extrêmement inquiets de l'évolution de la politique agricole et ils ont raison de l'être car les 10 ans écoulés depuis la PAC 92 peuvent faire l'objet d'un constat sinistre : la moitié des agriculteurs français ont disparu, ceux qui restent sont dégoûtés, les jeunes ne s'installent plus, la plupart des productions sont en crises (bovins, porcs, volailles, oléagineux, viticulture, fruits et légumes…). L'UE est même devenue importatrice nette de céréales ! … Le Cheptel européen a subi une véritable hécatombe et la PAC coûte de plus en plus cher tandis que la FAO constate que 25 000 hommes meurent de faim chaque jour !

Nous vous lançons donc aujourd'hui, de manière solennelle, un appel au secours afin d'éviter que, les mêmes causes produisant les mêmes effets, la prochaine décennie ne se traduise par une nouvelle hémorragie dans nos campagnes. Notre pays ne pourrait le supporter et les conséquences économiques, sociales, environnementales et culturelles de la disparition de 200 000 (?) agriculteurs seraient irréparables.

Il y a pourtant une alternative crédible à cette PAC destructrice. Elle est portée par la Coordination Rurale et les signataires d'une plate-forme pour réformer la PAC dont il convient de rappeler ici les principales demandes : des prix agricoles rémunérateurs et la protection du marché européen contre les importations à prix inférieur à nos prix de revient. D'une façon générale, il faut protéger toutes les zones de production agricole dans le monde afin que soit préservée l'activité agricole qui est le fondement essentiel et la clé du développement économique. La notion de prix mondial imposée par l'OMC est une aberration qui conduit les populations paysannes du monde (50% de la population mondiale) à la ruine et à la famine, nourrissant l'exode rural avec son cortège de misère, de surpopulation urbaine, de violence et de terrorisme.

Les accords actuels nés de la concurrence USA &endash; UE sont aujourd'hui complètement dépassés vu l'émergence des latifundia sud-américaines et des ex-kolkhoze soviétiques qui font depuis ces dernières années l'objet d'investissements importants et sont capables de produire à des prix inférieurs de moitié à nos prix de revient (cf les importations de " blé  de la Mer noire " ou de poulet brésilien). Nous ne pourrons pas être compétitifs avec ces systèmes moralement et socialement condamnables. Si nous restons dans un système de libre-échange avec de telles distorsions de concurrence, la destruction de notre agriculture est certaine. Les aides découplées ou non ne parviendront plus à combler l'écart énorme entre nos coûts de production et ceux de cette agriculture ultra-libérale d'autant plus que, dans un an, nous ne serons plus 15 mais 25.

Par conséquent il n'y a pas d'autre salut pour les agricultures européennes et nord-américaines que d'instaurer "l'exception agriculturelle" que réclame la Coordination Rurale depuis 10 ans, car nous avons besoin d'une politique agricole moderne appuyée sur la préférence communautaire et qui réponde aux besoins essentiels du monde.

Par ailleurs, nous ne sommes plus seulement dans un contexte de crise économique : nous assistons à une profonde crise morale des agriculteurs qui se traduit par un phénomène nouveau, jamais vu dans notre pays : des agriculteurs dans la force de l'âge, à la tête d'exploitations encore rentables, jettent l'éponge et vendent leur ferme ! Cette situation inédite met violemment en lumière le désespoir de notre profession, sans perspectives d'avenir et dégoûtée d'être assistée par des primes au lieu de vivre dignement du fruit de son travail. N'y a-t'il pas là le déni d'un droit de l'homme fondamental ?

Vous savez qu'il n'y a qu'un pas du désespoir à la révolte. Nous ne souhaitons pas en arriver là, mais il faut pour cela que nous sentions un vaste mouvement de réforme. Il faut que l'agriculture soit de nouveau considérée comme un secteur économique digne d'attention et de respect et que la volonté politique d'une nouvelle PAC soit exprimée par les gouvernements et imposée à la Commission Européenne qui conduit aujourd'hui les agricultures des 25 pays dans une impasse historique.

Nous vous remercions de vous faire l'écho de notre démarche auprès du chef de l'Etat et de son gouvernement. Nous comptons sur vous pour que celle-ci soit entendue et suivie d'effet car l'urgence de la situation exige une véritable entente nationale pour proposer un cap et un avenir au monde agricole.