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Communiqué du 21-01-2003

FEDERATION NATIONALE DES SYNDICATS D'EXPLOITANTS AGRICOLES

Lettre ouverte au Président de la République

Monsieur le Président de la République,

Avec le Chancelier Gerhard Schröder, vous allez célébrer le 40ème anniversaire du Traité de l'Elysée qui a concrétisé l'alliance et l'amitié franco-allemande et permis par-là même de jeter les bases d'un fonctionnement efficient de la Communauté européenne. A cette occasion, je tiens, au nom des agriculteurs français, à rappeler l'importance de la place que l'agriculture a tenue et tient dans la construction et le développement de l'Union européenne.

L'agriculture est effectivement une des principales politiques intégrées. Elle a permis le développement qualitatif et quantitatif des productions offertes aux consommateurs européens. Parallèlement, elle a donné les moyens aux paysans de relever les défis de la modernisation et des évolutions techniques et au secteur agricole de participer pleinement aux équilibres économiques, sociaux, démographiques et environnementaux des pays de l'Union européenne.

Aujourd'hui, sans doute du fait de son succès et pour partie de la méconnaissance qui l'entoure, notre Politique Agricole Commune est mise en position d'accusée : accusée à l'intérieur de l'Union pour des raisons financières, pour de soi-disant divergences par rapport aux attentes du citoyen et du consommateur européens ; accusée sur la scène internationale, sous prétexte que la sécurité alimentaire qualitative et quantitative des européens porterait de graves préjudices aux équilibres des marchés mondiaux et aux capacités de développement des pays pauvres, alors que c'est notre marché qui est le plus ouvert à leurs exportations.

C'est au moment où vous réaffirmez l'alliance franco-allemande essentielle à l'évolution et au fonctionnement de l'Europe qu'il nous paraît primordial de conforter l'existence et le fonctionnement d'une vraie Politique Agricole Commune. Celle-ci doit garantir un modèle européen tout à la fois soucieux d'un approvisionnement satisfaisant en qualité et en quantité et le maintien d'un nombre suffisant d'exploitants agricoles permettant à l'agriculture de jouer son rôle d'occupation de l'ensemble des espaces européens et d'activité économique essentielle au maintien d'une vie rurale.

C'est avec satisfaction que nous avons noté votre volonté commune de sauvegarder les capacités financières d'intervention en faveur du premier pilier dans l'accord réalisé lors du dernier sommet de Bruxelles. Mais, au-delà, il nous paraît essentiel que, sous votre impulsion politique conjointe, vous puissiez rappeler à la Commission qu'il ne saurait être question, au travers de propositions concernant la révision à mi-parcours des accords de Berlin, de mettre en œuvre des dispositions menant de fait à l'application d'une nouvelle Politique Agricole Commune. Il nous paraît inadmissible que les engagements pris par les Chefs d'Etat et de Gouvernement ne soient pas respectés par la Commission.

Nos deux pays savent tout ce que la Politique Agricole Commune a pu apporter. Comment pourraient-ils accepter de voir remis en cause ce qui a fait l'originalité de notre modèle agricole européen, c'est-à-dire un accompagnement du maintien et du développement des exploitations reposant pour l'essentiel sur des organisations communes de marché et la préférence communautaire. L'accord de Bruxelles d'octobre 2002 donne la visibilité et des capacités financières permettant de poursuivre cette politique originale, sans doute en la simplifiant et en l'améliorant.

Là encore, il convient, sous votre autorité politique, que la Commission sache qu'elle ne peut brader un modèle qui a prouvé son efficience : les futures négociations au sein de l'Organisation Mondiale du Commerce ne doivent pas être l'occasion d'une réforme de la Politique Agricole Commune qui n'aurait, comme objectif principal, que de mettre en avant l'incapacité qu'aurait une Europe à 25 pays à gérer les marchés et à affirmer pleinement la préférence communautaire.

L'agriculture concerne tous les territoires de tous les pays de l'Union : en cela elle constitue un des principaux ciments de l'Europe. Aussi, nous vous demandons solennellement, à l'occasion de cet anniversaire d'une entente franco-allemande moteur de l'Union européenne, que vous réaffirmiez votre attachement à une Politique Agricole Commune renforcée dans ses organisations de marchés et sa préférence communautaire et non diluée dans un saupoudrage d'aides déresponsabilisantes.

Les paysans français, tous les paysans européens savent que c'est leur avenir qui est en jeu et, avec M. Gerhard Schröder, nous vous savons trop attachés à l'avenir de l'Union européenne pour ne pas entendre notre appel et prendre en considération nos attentes.

Jean-Michel LEMETAYER